A Annecy

Lundi 19 septembre : rentrée des élèves

Trois mois se sont écoulés depuis le 17 juin dernier. Rappelez-vous : quelques personnes (C., B.) ont appris lors de la dernière soirée de l’école que j’étais gay. Nous n’avons pas eu le temps d’en discuter et, pendant presque quatre vingt dix jours, je me suis demandé ce qui pouvait se passer dans leur tête.

Cette rentrée allait être pour moi celle de toutes les interrogations : je suis passé dans la classe supérieure « sur le fil », je commençais à affirmer ma sexualité… Il me fallait assumer ou m’écraser… C’est la tête haute et sûr de moi que j’abordais la situation : il n’était pas question que je me laisse marcher sur les pieds ! La première semaine (l’intégration) serait mon terrain de jeu : tous les soirs une soirée était organisée, j’allais enfin voir la réaction des gens.

J’ai eu l’occasion de discuter avec C. et B. qui ont très bien accepté mon homosexualité. C’était déjà un premier bon point. Le seul souci venait d’un copain ; je l’appellerai N.

Lors de soirées où l’alcool coule à flots, les langues se délient et un de mes copains qui ne savait pas pour moi (N.) avait pris la (mauvaise ?) habitude de me nommer « le gay » au lieu de m’appeler par mon prénom. J’assume, je ne réponds rien ; de toutes façons, ce n’est pas mon T-shirt rose, mon jean délavé et évasé et mes Converses rouges qui peuvent attester le contraire. Résultat : aux yeux des petits nouveaux de l’école, je suis un mystère : qui est donc ce garçon ? Aime-t-il les filles ou les garçons ? Aujourd’hui encore, la question soulève débats et interrogations sauf pour ceux qui savent : j’ai avoué à N. qu’effectivement j’étais gay et, mieux encore, que j’étais en ce moment même avec un garçon… Lui aussi a très bien accepté la chose, j’en suis très content.

A seule chose qui, finalement, me gêne un peu c’est que je suis maintenant « le gay du groupe ». On m’apprécie pour mon caractère, pour mes délires, parce que peut-être je suis sympa, que je rigole bien avec tout le monde mais je reste, aux yeux de tous, le gay de la soirée : on me charrie de temps en temps, on me taquine…

Alors que faire ? Crier ? Frapper ? Dire non ? J’ai décidé de « faire avec » en acceptant l’acceptable mais en rappelant de temps à autre que je suis finalement un être humain comme les autres et que la seule chose qui me différencie des autres c’est le fait que je préfère les garçons… Rien de grave, juste contre-nature mais après tout, il y a pire…

Aujourd’hui je suis parfaitement accepté (pour ceux qui savent) mais j’ai l’impression que je reste quand même quelqu’un d’étrange, d’excentrique, qui ne justifie pas (par exemple) que je ne puisse participer à une soirée entre amis car justement je préfère aller voir Nicolas…

C’est du côté de ma famille où je me fais plus de soucis… J’en parlerai dans la prochaine note, qui, je vous le promets, ne tardera pas à être publiée.

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