Hors-Mis

Envie de Partir… Loin !

La scène est terrifiante, misérable, pathétique. 19 heures, ma mère rentre du travail, comme d’habitude, elle est très fatiguée. Elle prépare une spécialité culinaire que mon frère lui a demandée. Elle repasse. Plus tard, vers 20h15 mon père rentre du travail. Lui aussi visiblement assez épuisé de sa journée. Il ne parle pas ou peu et se jette, après quelques questions de courtoisie adressées par sa femme, sur les publicités que la Poste aura livrées aujourd’hui. 20h20, mon frère rentre. Pas un mot. Il ne rapporte pas les ingrédients nécessaires à la poursuite de la recette inachevée de ma mère. Elle est fâchée. Lui s’en fout. Mon père ne dit rien. Je lis Le Figaro. Puis vient le moment de passer à table. Il est 20h30. Je n’ai guère faim étant donné que je me suis goinfré toute la journée. Mon père ne dit toujours rien. Mon frère encore moins. Ma mère entame la conversation avec la chatte qui lui quémande pitance. Elle passera la quasi-totalité du repas à la nourrir et à lui parler. Mon père sort de table. Il allume la [télévision|tag:télévision] et nous met en fond sonore le journal télévisé de TF1. J’engloutis ce que j’avais prévu de manger en 27 secondes. J’attends. La chatte ne répond pas. Ma mère continue de lui parler. Il y a trop de sauce dans la salade, mon père est furieux mais ne le montre pas. Mon frère ne dit rien et la chatte ne fait que ronronner (Normal : elle mange du poulet, du pot-au-feu et du yahourt installée sur un tabouret que ma mère lui aura ramené de la cuisine pour l’installer à coté d’elle). J’attends toujours. Je ne dis rien. Mon père se lève de nouveau : il va changer de chaine pour mettre Canal+. Ma mère lui demande pourquoi. La chatte miaule. Il répond qu’il met Canal+ pour ne pas regarder TF1. Il ne sait pas ce qu’il a mis et ne peut répondre aux questions de sa femme concernant le titre et le sujet du film que nous entendons en nouveau fond sonore. Mon frère ne dit toujours rien. J’attends. Ma mère entame un n-ième monologue vers la chatte. Le film est violent. Très violent. Dans le silence mortuaire qui accompagne notre dîner, on entend les cris d’un homme égorgé vif, d’une femme battue et d’un jeune homme roué de coups de pieds. J’attends. Je n’en peux plus. Inutile de parler : la moindre parole est ressentie comme une agression, une défiance face au silence ou pire, comme une constatation du malaise pesant qui nous environne. Nous attendons ma mère. Elle n’a pas terminé (Elle nourrit encore la chatte à gros coups de yahourt qui viennent s’effondrer sur le tapis de la salle à manger). Désormais tout le monde attend. Je bous. Mais je ne dis rien. Enfin mon père se lève. Sans doute le signal de fin de repas. Ma mère a bientôt terminé et surtout, la chatte ne veut plus rien (Je crois surtout que l’animal écervelé est complètement gavé malgré les compliments monologués des discours qui lui sont adressés). Alors je me lève moi aussi et, avec une étonnante efficacité, la table est débarrassée en 38 secondes. Une fois la tâche terminée. Je quitte la scène sans dire un mot. Mon frère me suit de près. Je monte. J’écris. Enfin, je souffle… ! ((/public/coeur_vide_le_moi_pour_toi_gay.jpg|coeur_vide_le_moi_pour_toi_gay|C))

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