A Lyon

Un Clampin à la Défense

Il y a des semaines qui méritent d’être racontées. Celle que je viens de vivre n’en fait pas forcément parti mais elle aura au moins le mérite de combler le vide pseudo-littéraire qui occupe mon blog depuis trois ans et demi. Elle commence dimanche soir à vingt deux heures trente par du repassage. Ce n’est pas très commun, je le concède aisément, mais le soin que je mettais à lisser les poignets mousquetaires de mes plus belles chemises témoignait de la transformation qui allait s’opérer : j’allais, l’espace de cinq jours, devenir plus parisien que je ne l’avais jamais été. C’est d’ailleurs beaucoup dire car la vie là-bas, au bout du compte, aura bien plus déteint sur mes costumes clairs que sur ma personnalité. Toujours est il que lundi matin, cinq heures, notre Lyonnais favori est en passe de faire sa valise et de peaufiner sa présentation pour se rendre chez un nouveau client. Un petit déjeuner bien vite avalé et des escaliers dévalés me poussent alors dans le TGV de six heures seize à Perrache. Ca y est ! Je suis dedans et je ne l’ai même pas raté ! Certes, c’était moins une comme on dit mais les faits sont là : je l’ai eu. Non mécontent de ma prouesse digne des derniers records de vitesse aux précédents Jeux Olympiques, je savoure le calme et la quiétude de ma place isolée voiture 14… Jusqu’à la Part Dieu. Car n’oublions pas que nous sommes lundi matin. Les conducteurs de train ont encore la petite mine d’un weekend festif et les moteurs des TGV ne sont pas encore chauds. Nous partons avec un peu de retard et nous en récoltons trente minutes à l’arrivée. J’avais promis à mon client d’arriver à neuf heures ; J’arrive le premier jour avec une demi-heure de retard, tout pile ! Ce que l’histoire ne dit pas, c’est que Paris, à neuf heures, est bien plus échauffée que Lyon à six et que l’inertie qui m’habitait (principalement due au poids inconsidérable de ma valise) m’aura empêché de me fondre dans les flux de masses humaines circulant dans l’axe de la ligne de métro un. Peu importe. L’essentiel est de ne pas faire voir, arrivé à la Défense, que je suis dégoulinant de sueur, que ma coiffure ne ressemble plus à rien, que je suffoque et que je viens de refaire mon nœud de cravate. J’ai presque réussi, même si mon entrée dans l’open-space de travail aux Miroirs relève plus de celle de Zézette dans le père Noel est une ordure qu’à celle de James Bond dans le bureau de M. Je savais bien que les roulements de ma valise étaient morts. Mais imaginez le couple « roulements de valise fichus » et « carrelage à joints prononcés » lors de mon arrivée le premier jour avec trente minutes de retard dans un grand bureau où travaille déjà une dizaine de personnes. Épique moi je dis ! Après les présentations d’usage et la mise en place, le travail commence enfin. Et durera jusqu’à la fin de la journée, sans répit (on l’aura compris : je suis un consultant dévoué corps et âme à la réussite des projets de ses clients). Sauf que la nuit tombée, il fallut bien rejoindre l’hôtel que l’agence de voyage m’avait réservé. Bon, j’ai deux plans de Paris dans les mains, l’adresse complète, deux téléphones, un ordinateur portable, deux cartes de paiement, des tickets de métro, du papier, des crayons et une langue, je devrais pouvoir le retrouver facilement… Du moins c’est ce que je pensais. Car c’était sans compter mon incroyable (si, si !) capacité à me perdre même toutes cartes en mains. L’hôtel ? Oh, j’ai dû mettre une bonne heure pour le trouver. Ca m’a d’ailleurs rappelé une vieille émission que je regardais chez Mamie lorsque j’étais gosse. Ca s’appelait La Carte aux Trésors et les candidats devaient demander leur chemin à plein de gens idiots qui ne connaissaient même pas la région qu’ils habitaient. Là où le sort me conforte un peu, c’est que moi, mon hôtel, je l’ai trouvé sans hélicoptère et sans caméraman ! Héhé ! N’empêche, un GPS piéton m’aurait quand même fait gagner un temps de repos précieux (penser à intenter un procès contre maman pour malfaçon [oubli du module 3D pour être précis] de l’enfant lors de sa livraison à la naissance).Mais bon, de quoi me plains-je ? L’ambiance là-bas est comme à la maison : les chambres sont sympas, le wifi très haut débit et le petit déjeuner servi à l’heure de mon choix dans ma chambre. Sans compter que l’hôtel, porte Champerret, est entouré de tout un tas de restaurants plus adorables les uns que les autres ! J’ai d’ailleurs élu domicile au Petit Bofinger, où je crois que la serveuse attend mon retour avec impatience (je le lui ai promis !). La vie parisienne a au moins le chic d’être agréable lorsque son cadre (hors RER) peut être envié par la majorité des mortels. Bref. Tout cela reste gentillet si l’on oublie bien entendu la case transport dans laquelle les effluves des sous-sols parisiens viennent parfumer vos plus beaux vêtements et où la surpopulation suffit, à elle seule, à vous faire regretter votre bon vieux métro Lyonnais en plein mois d’août. C’est d’ailleurs Porte Maillot que je rencontre un matin, le numéro deux de la société. Visiblement d’humeur flatteuse, l’homme d’affaires m’aura gratifié d’un regard d’admiration (bien que principalement porté sur ma cravate à pois) et d’une bonne continuation pour la suite de mon projet. Ca ne mange pas de pain et ça fait toujours plaisir. Toutefois, notre conversation RATP m’aura quand même livré un enseignement capital : ne jamais poser sa veste dans le métro au risque de paraître ridicule à la sortie : et oui, même un dos ça transpire ! Et la semaine continue. Le travail aussi, et je retrouve mon hôtel comme si j’y avais séjourné toute la vie. Enfin, le dernier jour arrive, et avec lui, la liesse des retours à la maison pour tous les Lyonnais ! Enfin, pour ceux qui peuvent. Car les moteurs de TGV ayant si bien fonctionné toute la semaine, ils n’ont pas pu s’arrêter dans les temps lorsque ce brave dépressif s’est jeté sur les voies à hauteur de Dijon. Résultat ? Et bien du retard. Au départ à Paris mais aussi (et surtout) à l’arrivée. Je ne sais d’ailleurs toujours pas à quelle heure je serai à la maison. C’est ça aussi la magie parisienne : tout va tellement vite qu’on est jamais sur d’arriver à l’heure… ! Quoi qu’il en soit, je suis bien content de reposer le pied dans la capitale des Gaulles. Les parisiens sont bien gentils mais ils ne connaissent rien : parlez leur de Lyon, ils ne connaissent que le nom… Ils sont bien trop attachés à leurs transports, à leur cadre de vie, à leur fausse vitesse et à leur banlieue pour s’intéresser au charme de la plus belle ville provinciale. Paris leur plait ? Qu’ils y rentent. Mais par pitié, laissez-moi Lyon !

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