J’ai l’impression d’être dans une pub Allianz. Vous savez : celle où le conseil d’administration des sentiments siège dans votre cerveau et où la raison, incarnée par Charlotte Rampling, intervient à la fin pour apporter la bonne réponse. Et bien mon cerveau aujourd’hui c’est un peu ça : un joyeux bordel où tout le monde parle en même temps mais où surtout, Charlotte Rampling manque à l’appel. J’écoute, j’entends, dans tous les sens et ça résonne sans raison.
L’origine de cette agitation provient d’une rencontre qui, bien que planifiée depuis longtemps, a engendré moult remous dans ma tête depuis ce matin. La première personne à prendre la parole est le stress. Sa mission ? Perturber mon équilibre biologique et sentimental pour faire prendre conscience à mon corps tout entier qu’un évènement hors du commun s’approche. Il en résulte une tension, palpable depuis le réveil mais dont l’intensité ira crescendo jusqu’à midi.
Une fois le dossier de ce brave agent cérébral ficelé, il passe la main à la peur. La peur travaille plus vite que le stress et son action peut parfois être dévastatrice. Elle a tenu les rênes de mon cerveau peu avant 13 heures, une vingtaine de minutes environ. Sa mission ? Me faire croire que je ne serai pas à la hauteur.
Heureusement, une fois la seconde poignée de main donnée, elle fut déboutée par l’apaisement puis par le bien-être et ce, jusqu’à la fin de l’après-midi.
Pourquoi un tel remue-ménage ? Parce que c’était ce midi que je devais rencontrer, pour la première fois, les parents de C.. Déjeuner au restaurant, bonne tenue et bonne conduite de rigueur pour ce premier rendez-vous aux allures de rencontre-détente. Je m’attendais à passer une sorte d’entretien d’embauche ou, pire, à être convoqué à un jugement dont je n’avais pas défendu la cause. La peur avait vraiment bien fait son travail (ndlr : penser à lui accorder une promotion de fin d’année). Du coup, on comprend mieux pourquoi le stress a pris le dessus toute la matinée : quels sujets aborder, comment allait-on me considérer, comment s’habiller pour paraitre aussi irréprochable que possible sans trahir le moindre détail de ma personnalité ? La question ne semblait pas, à première vue, évidente, même si mon copain était là pour relativiser et « dédramatiser » l’impact d’une telle rencontre. C’est à ce moment-là que les valeurs sont intervenu brièvement : dans leur esprit, le moment se devait d’être parfait, tant dans la présentation que dans l’attitude ou bien encore dans la qualité des discussions. L’occasion rêvée pour la peur de mettre la pression sur le cerveau tout entier. Mais que voulez-vous, sans raison, c’est le bordel !
J’ai finalement passé un très bon moment. Un excellent moment même : le restau, divinement choisi, situé au cœur de la Confluence et dont le cadre, à la fois original, novateur et conceptuel, inspire sérénité et confiance, était l’endroit idéal pour a first time.
C., j’ai retrouvé dans tes parents et dans la relation que tu entretiens avec eux, tout ce qui manque à ma propre famille : amour, communication, respect et partage et, au-delà du « simple » fait de les rencontrer, l’évènement aura en moi, soulevé moins de satisfaction que d’émotions étranges dont la définition m’échappe encore. Mais pour l’instant, à froid, je dirais avoir presque ressenti un peu de peine et d’envie. On me rétorquera sans doute que l’herbe est toujours plus verte chez le voisin mais quand on sait que dans mon jardin, il n’y a que du calcaire, une simple friche végétale représente déjà beaucoup.
Alors ce soir je suis plein d’espoir, plein de cette envie d’aller plus loin, de retoucher du doigt ce que j’ai pu sentir aujourd’hui mais cette fois, dans ma propre famille. Ma décision est prise, réfléchie et officielle : 2010 sera l’année des vérités. Celles que l’on n’a pas toujours envie d’entendre mais dont les révélations peuvent avoir un effet de levier. Next step : dans les tous premiers jours de janvier, la révélation officielle et écrite à mes parents. Elle se fera par mail et ne sera pas jouée sur le ton du mélodrame.
Cette décision, je te la dois. Depuis bientôt deux ans, tu es la plus belle chose qui me soit arrivée. Puisses-tu continuer à me conduire sur les pas de la raison et de jouer, dans mon cerveau, le rôle magnifique de Charlotte Rampling.
Du fond de mon cœur, et très sincèrement, merci.
Je t’aime.


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