Le Moi Pour Toi a été crée le 31 mars 2005 et s'efforce de retracer au fil des mois, l'évolution de la vie ordinaire de son jeune auteur gay. Depuis mes premiers Coming-Out en passant par ma plus belle histoire d'amour, mon adhésion à l'UMP ou ma passion pour la Bande Dessinée, ce site est d'abord un formidable moyen d'extérioriser ce que j'ai souvent gardé pour moi. Véritable Moi intérieur, il se dévoile pour tous ses lecteurs. Bienvenue sur Le Moi Pour Toi.

dimanche, septembre 14 2008

Figaro [Re-Edit 2008]

Je retrouve ce vieux papier dans mes archives les plus anciennes. Je le relis avec délectation, sourire et admiration. C’est une nouvelle. J’avais 15 ans lorsque je l’ai écrite. Elle m’a valu la 8ème place de l’académie d’Orléans-Tours au Prix George Sand de la Nouvelle. C’est loin tout ça. Et pourtant, ce petit texte constitue à lui seul ma plus grande fierté des années lycée.




          Je me souviens de mon dernier voyage comme si c’était hier… C’était pour les vacances ; des vacances méritées et attendues pour lesquelles je m’étais organisé un voyage en Égypte. J’avais déjà tout préparé : billets d’avion, séjour à l’hôtel, visites de monuments anciens, bref, tout semblait parfait et l’idée de quitter la France me réjouissait. Je ne savais pas encore que ce voyage aurait pu me coûter cher si je n’avais pas eu assez de chance pour m’en sortir… L’Égypte est certainement le pays le plus magique de tous, le plus mystérieux aussi. Je l’ai connu d’une autre façon, moins agréable, j’ai découvert son côté maléfique… Voilà comment cela s’est passé…

 

          Après quatre heures de vol au-dessus des terres et de la mer Méditerranée, l’avion en provenance de Paris se posa à l’aéroport du Caire. Il était treize heures, heure locale, et le soleil était au Zénith. Ses rayons me donnaient l’impression de voir tout blanc, sans couleurs ; on aurait dit que de sa hauteur, il dominait tout un petit monde de pierre et de sable… Le bus qui devait m’acheminer vers Bubastis n’était pas arrivé. Je me dirigeai alors vers la cafétéria de l’aéroport pour prendre un rafraîchissement et en profitai pour regarder les nombreux prospectus touristiques proposés. J’appris que Bubastis, dans l’Égypte Ancienne, était une ville importante dédiée à la Déesse-Féline Bastet et que l’on pouvait y visiter l’un de ses plus beaux temples. Il y avait également des renseignements sur les différentes activités proposées par la ville.

          Mon bus venait d’arriver. Je m’y installai confortablement car nous devions parcourir environ une cinquantaine de kilomètres sous un soleil de plomb, pour se rendre jusqu’à Bubastis. Ce chemin me paru interminable tant il faisait chaud et tant mon envie d’arriver se faisait pressente. Finalement, au bout de trois quats d’heure environ, nous sommes arrivés en centre ville. Je pris mes bagages et allai les déposer dans ma chambre qui se trouvait à deux pas d’ici… Elle était au premier étage d’un hôtel qui dominait une petite place entourée de maisons. D’ici, j’avais une vue imprenable. Je pouvais voir toutes les ruelles, les gens, les commerces, les étalages. Je voyais tout un monde grouiller dans tous les sens : des femmes faisant leurs courses, des enfants jouant avec des cailloux, une petite dispute entre hommes… Ne voulant pas rester inactif sur le rebord de ma fenêtre, je décidai de sortir et de faire un tour.

          Il régnait manifestement plus d’agitation que je ne pensais. J’entendais les enfants crier, un brouhaha permanent dans lequel venaient parfois s’ajouter les cris des animaux. C’est alors que quelque chose attira mon attention : au bout de la rue, les gens s’écartaient, laissant place à des hommes étranges tous de noir vêtus. Ils étaient encore loin de moi mais plus ils avançaient, plus les gens se taisaient… Je les entendais : ils ne parlaient pas l’arabe comme tous les Égyptiens, je n’arrivais pas à comprendre un seul mot de ce qu’ils disaient… Ils arrivèrent à ma hauteur. Ils étaient quatre et portaient tous une longue cape noire ainsi qu’une capuche. Ils agitaient d’étranges objets, prononçant en même temps des phrases qui ressemblaient à des prières. Cependant, un mot revenait souvent : « Bastet Â». Il s’agissait de la Déesse-Féline, dont j’avais appris l’existence il y a quelques heures… Étant le seul à ne pas s’être écarté lors de leur passage, ils m’abordèrent. Cette fois-ci, ils parlèrent en arabe et je pus comprendre. Ils m’annoncèrent que ce soir ce serait « La Nuit de Bastet Â», où la déesse se vengera des hommes : elle les punira de ne plus considérer sa Création, les chats, comme ses représentants d’Elle sur Terre. Sa malédiction s’étendra sur toute l’Égypte et ses victimes n’en réchapperont pas… Et ils partirent, continuant de propager la nouvelle maléfique en criant : « Partez vite ! Partez vite ! Â»

          Resté au milieu de la rue et pensif, une vieille femme vint me voir et me dit en arabe:

          « _ N’ayez crainte jeune homme : Ces hommes sont fous. Ils sont toujours attachés à la Religion des Anciens. Ils croient encore en tous ces dieux dont les gens ne se souviennent même plus… Â»

          Voyant que je ne répondais pas, elle s’arrêta et me dit :

          « _ Excusez-moi, je ne me suis même pas présentée : je suis Nassima, j’habite ici depuis des dizaines d’années et je vends les légumes que mon mari cultive. Vous deviez me croire aussi fous qu’eux…

          _ Excusez-moi Nassima, lui répondis-je. Mais… ces hommes sont tellement étranges ! Pourquoi personne ne les écoute ?

          _ On voit que vous n’êtes pas d’ici. Ce n’est pas la première fois qu’ils annoncent de telles malédictions. Ils prétendent pouvoir parler avec les Dieux… Fous, je vous dis. Ils sont fous… Tout le monde vous le dira ! Â»

          La vieille femme partit. Malgré ce qu’elle m’avait dit, je ne voulais pas en rester là pour autant. Je décidai de rejoindre les prêtres que je pouvais encore voir de l’autre côté de la rue. Je les appelai et ils vinrent me trouver. Je leur demandais de m’expliquer ce qu’il se passerait cette nuit. Ils me répondirent que dès l’Ancien Empire d’Égypte, tous les ans, était célébrée une fête en l’honneur de Bastet et des Chats sacrés, animaux issus de Sa Création. Son temple ne servant plus que « d’attrape touristes Â» et ses chats n’étant plus reconnus comme animaux sacrés mais comme animaux domestiques, Elle se vengera des hommes en reprenant le contrôle sur ses bêtes et en tuant par les griffes et par les dents, tous les hommes qu’ils rencontreront… Ils agitaient toujours des objets qu’ils portaient autour du cou. On aurait dit de petites statuettes représentant la déesse. L’un d’entre eux me prit à part et m’emmena dans un endroit où la foule était moindre. Il m’expliqua d’une voix tremblante :

          « Vous n’êtes pas comme tous les autres. Je sais que cela vous intrigue, cela se voit… Croyez-moi, partez vite vous réfugier quelque part loin des animaux. Ils nous tueront s’ils nous trouvent. Partez vite monsieur… Je vous quitte ici. Nous allons au temple de la déesse, tenter de calmer son courroux Â». Et il me laissa là, rejoignant les trois autres prêtres qui continuaient leur propagande… Puis ils partirent se réfugier dans le temple de Bastet…

          Cette fois-ci, j’en avais le cÅ“ur net : ils étaient vraiment fous. Partir d’Égypte était vraiment la dernière chose que je souhaitais faire, ni même me cacher ; je n’allais tout de même pas vivre dans un endroit où il n’y aurait personne ! Cet incident ne m’empêcha pas de continuer ma promenade en ville. J’en profitai d’ailleurs pour m’acheter quelques souvenirs. Mais la chaleur fut tellement accablante, que je fus obligé de rentrer à l’hôtel. Tout le programme de la journée de demain était déjà prêt : j’irai visiter la vieille ville le matin, et le soir, j’irai voir le fameux temple de Bastet qui fait la renommée de cette cité.

          Enfin, une douce fraîcheur se faisait sentir dehors. Le soleil tombait lentement sur l’horizon, baignant la ville d’une couleur rouge sang. Les gens rentraient peu à peu chez eux ; seuls quelques touristes restaient encore pour une dernière promenade… Il était environ vingt heures, et l’on n’entendait plus maintenant, qu’un léger souffle de vent qui endormait la ville…

          Je préparai mon dîner composé de légumes achetés cet après midi, j’allumai les trois petites lampes de la chambre, ce qui donnait une lumière tamisée, et finalement, je n’oubliai pas de mettre une moustiquaire à ma fenêtre. Pour passer la soirée, j’avais apporté une petite radio portative. J’arrivais à capter la radio locale où l’on pouvait écouter de la musique égyptienne. On ne voyait plus le soleil, il avait disparu derrière l’horizon et laissait place aux étoiles dans le ciel clair… Le pays du sable jaune le jour, devenait, la nuit, celui de la lune qui éclairait la ville d’une lumière bleutée…

          Plus le temps passait, plus des bruits étranges se faisaient entendre dans la ville. Ma fenêtre était toujours ouverte, et malgré la moustiquaire, je pouvais écouter et voir ce qui se passait dehors… Quelqu’un cria soudainement et le son s’en alla par toute la ville. On aurait dit qu’il y avait comme de l’écho. Il se répétait plus loin, et encore plus loin… Je compris que ce n’était rien de tel lorsque je vis du haut de ma fenêtre, un homme sortir de chez lui en courant. Il hurlait de peur, de douleur ; il avait le visage en sang. Ses cris terrifiants me donnaient froid dans le dos. Finalement, il s’écroula sur le sol ; il ne criait plus, il était mort. Maintenant, d’autres hurlements se faisaient entendre. Les lumières se rallumaient dans les maisons, les gens sortaient de chez eux dans la rue. Ils appelaient Bastet… C’était trop tard. Les vieux prêtres avaient raison : une nuée de chats s’attaquait à la population. Certains chassaient les hommes de chez eux pour les griffer au milieu de la rue. De ma fenêtre, j’assistais à un spectacle terrifiant où la mort triomphait des vivants… Il y avait, comme en plein jour, un brouhaha ; à la différence que celui-ci était composé des pleurs des enfants, et des cris des hommes et des femmes…

          Mon cÅ“ur battait de plus en plus vite. J’étais terrorisé, impuissant, devant ce massacre. C’est alors que je vis, sur ma fenêtre, derrière la moustiquaire, un chat. Il était assis tranquillement et je crois, ronronnait… Il ne bougeait pas, attendant certainement que je fasse un geste. Qu’allait-il me faire ? Comment allais-je-m’en sortir ? Je respirais de plus en plus fort, et, paniqué, je tentais de lui faire peur en criant. D’un coup de griffe, il déchira la moustiquaire. Il était tigré de noir et de marron et avait les yeux rouges ; un rouge brillant comme celui d’un coucher de soleil. Il me regardait fixement et commença à se lever. Il entra dans la chambre et se posta en face de moi. J’étais pétrifié, préférant ne pas faire un geste pour lui échapper. Il regarda aux alentours, et, tel une tornade, grimpa sur les murs, fit le tour de la pièce et s’arrêta sur le haut de l’armoire. Il ne ronronnait plus, il crachait comme s’il voulait commencer un combat. Lentement, j’allai me réfugier dans la cuisine. Seul un rideau séparait les deux pièces. Cette fois-ci, le félin sauta de l’armoire. Il continua sa course infernale sur les murs de la chambre, laissant tomber les quelques décorations qui s’y trouvaient. Le chat s’agrippa aux tentures de la fenêtre ; de plusieurs coups de pattes, il les déchira sur toute leur longueur. Il était surpuissant… Ce n’était pas un chat, c’était un démon maléfique qui prenait plaisir à tout détruire…

Je regrettais de ne pas avoir écouté les prêtres tant ce spectacle me terrorisait. Ils avaient raison, je ne les avais pas écoutés, et maintenant, je récoltais les fruits de mon orgueil… Le félin s’arrêta quelques instants. Il était assis et se léchait une patte. Soudain, il poussa un terrible miaulement, on aurait dit qu’il criait. Sa colère se faisait de plus en plus forte, ses yeux rougissaient encore plus, ils devenaient luisants… Il bondit sur le lit et déchiqueta, en quelques secondes, le matelas qui s’y trouvait. Il recommença une dernière fois sa course. Il renversa avec violence, les unes après les autres, les trois petites lampes de chevet qui se trouvaient dans la pièce. Elles tombèrent sur le sol en laissant s’échapper des étincelles…

Resté dans la cuisine, je m’étais armé d’un couteau, attendant une éventuelle attaque. Celle-ci ne se fit pas attendre : lorsque je regardai vers la chambre, il était à mes pieds et remuait la queue. D’un coup de poignet, je tentai de le toucher avec mon arme… Il esquiva le coup à une vitesse extraordinaire. Il recula de quelques mètres, prit son élan, courut, et sauta sur mon bras en le griffant de ses pattes avant. Le sang coulait à flots. J’avais terriblement mal, je criais et cherchai un moyen pour lui échapper. N’ayant plus la force de tenir debout, je me laissai tomber sur le sol de la cuisine. Il profita de ma faiblesse pour me mordre violemment derrière le cou. Je criai une dernière fois, et m’écroulai…

Lorsque je repris connaissance, il faisait jour. Le soleil brillait et éclairait mon visage d’un de ses rayons. J’étais sur le lit, allongé, et à ma grande surprise, le chat dormait paisiblement à côté de moi. Je n’avais plus mal… Je regardais mon bras, il n’y avait plus qu’une large cicatrice. Je passai ma main derrière le cou, il n’y avait rien non plus… Je ne comprenais pas. Pourtant, dans la chambre, tout était dévasté. Ne voulant pas réveiller l’animal, je me levai doucement de mon lit - ou de ce qu’il en restait - et m’approchait de la fenêtre : les gens pleuraient, se consolaient. Il n’y avait pas de commerce d’ouvert, c’était une ville morte…

Je descendis dans la rue. Jamais de ma vie, je ne vis une telle chose : les cadavres jonchaient le sol dans des marres de sang. Il y avait même des enfants. Les gens parlaient tous de la même chose : c’était des chats qui avaient tué sauvagement tous ces hommes et ces femmes. Et depuis, ils avaient tous disparus.

Les prêtres revinrent. On s’excusa auprès d’eux, les suppliant d’implorer la déesse. Ils répondirent que le mal était fait et que la déesse ne se vengerait plus… L’un d’eux me vit au loin et vint me trouver. Il me dit :

« _ Vous n’êtes pas parti cette nuit ?

_ Non, lui fis-je. Mais cela aurait pu me coûter cher.

_ Vous n’êtes pas le seul. D’autres n’ont pas eu autant de chance que vous. Nous les avions prévenus. Maintenant, ils viennent tous nous supplier de calmer la déesse. Enfin, cela ne devrait plus se reproduire : Bastet a renvoyé ses créatures dans la nature, à l’état sauvage… Elle a gagné.

_ Tous les chats sont redevenus sauvages ?

_ Oui, tous. Ce ne sont plus des animaux de compagnie, elle a eu ce qu’elle désirait… Â»

Et il continua à me parler du malheur des gens, insistant sur le fait qu’ils auraient du prendre garde à leurs propos…

Je n’avais pas l’intention de rester plus longtemps dans cette ville, ni même dans ce pays. Dès le soir même, le retour de mon voyage était organisé… Le lendemain, j’étais en France, je ramenais le chat avec moi…

 

Et maintenant, il est toujours là : voilà treize ans qu’il est à côté de moi tous les soirs, lorsque j’écris. Figaro guette le mouvement de ma plume sur le papier, joue avec les insectes autour de ma lampe, signant quelquefois, de sa patte, mes feuilles de papier… Une chose m’étonnera toujours : peut-être avais-je fait un cauchemar cette nuit là, ou peut-être était-ce réel, je ne sais pas, je ne sais plus… Mais ce dont je suis sur, c’est que Figaro ne vieillit pas. On dirait qu’il est… « parfait Â». Il est exactement le même que celui d’il y a treize ans, et cela me fait peur…


mercredi, janvier 31 2007

Avec toi… !

Nous sommes arrivés ensemble. C’était un dimanche. Le 2 septembre pour être précis. On devait passer un petit moment ensemble. Il touche lentement à sa fin : je vois le générique défiler au loin, et je n’y peux rien…

Je me souviens, il faisait beau, tu étais plein de force : tes couleurs égaillaient mon quotidien et ta vitalité me rappelait combien la mienne était importante. Tu étais le reflet du soleil qui brillait dehors, ma bonne humeur, mon sourire.

Le temps a passé… Doucement, le vert a remplacé le rouge et le jaune. Le soleil s’est caché plus souvent ; beaucoup moins drôle. Mais tu étais là. Toujours près de moi. Et je souriais quand même.

Aujourd’hui je ne souris plus. J’ai mal aux jambes. Tu vieillis. Et je ramasse chaque jour ce que le temps t’aura arraché.

Tu te fanes. Tes feuilles jaunissent puis tombent. La vie touche à sa fin. C’est bientôt terminé. Mais tu es toujours là.

Et je te regretterai, comme tous ceux que je laisserai derrière moi. Ta vie s’arrête lorsque la mienne (re)commence. Notre route est finie. Adieu.

dimanche, septembre 24 2006

La Dame Seule

Mardi après midi 17 heures.

Elle était déjà là, assise sur son banc face à la fontaine, sous le grand chêne du parc. Elle écoutait l’eau couler, les yeux perdus au loin. De temps en temps, elle offrait quelques miettes aux pigeons gras qui lui réclamaient pitance. Elle portait une robe à fleur usée, de malheureux souliers salis et une veste grise déchirée la protégeait du courant d’air qui soufflait dans le parc.

Je l’observais.

Elle n’était pas très grande et approchait probablement de la soixantaine. Son visage était fatigué. Ses traits, forts et marqués, et ses mains griffées, témoignaient d’une vie difficile. Elle ajusta ses lunettes cassées et en profita pour recoiffer ses longs cheveux gris et farouches. Je m’installai sur le banc voisin et entamai la lecture de mon livre.

De son sac à main blanc, elle sortit un paquet de cigarettes. Lentement, d’un geste précis et méthodique, elle posa sur ses lèvres sa dernière cigarette : il n’en restait plus dans l’étui. Elle fuma, avec une grâce et une élégance que ne lui prêtait pas sa tenue. Les jambes croisées, face au vent, elle s’enivrait d’une épaisse fumée.

Je lisais dans ses yeux une certaine fierté, sorte de dignité retrouvée. Elle fut de courte durée : la cigarette éteinte jusqu’au filtre, elle déboucha une petite fiole de vin à moitié vide et en but jusqu’à la dernière goutte. Elle avait l’avait certainement entamée quelques instants plus tôt.

Elle remarqua ma présence. Elle vint à ma rencontre, elle sentait l’alcool. Elle me demanda :
« _ Pardon jeune homme, pourriez-vous me donner l’heure ?
_ Bien sur madame. Il est exactement dix sept heures vingt huit.
_ Oh ! Comme le temps passe répondit la vielle dame avant de me remercier et de retourner s’asseoir.

Je continuai la lecture de mon livre : Hercule Poirot était sur le point de confondre le meurtrier ! Absorbé par mon roman, je n’avais même pas remarqué qu’elle s’était de nouveau approchée de moi.

En quête d’une autre minute de bonheur, elle me réclama une cigarette.

Elle fut déçue. Déçue d’apprendre que je ne fumais pas. Et elle partit.

Elle reviendra demain, au même endroit, à la même heure et portera les mêmes vêtements. Une chose sera peut être différente. Peut-être aura-t-elle pu s’acheter un autre paquet de cigarettes. Peut-être pourra-t-elle de nouveau s’offrir quelques minutes de bonheur… Un geste amical, une parole gentille, une attention, un sourire, lui suffiront pour passer une bonne soirée. Il est des choses que la misère remarque plus que quiconque.

La simplicité en fait partie. Je viens de m’en rendre compte…