La Dame Seule
Mardi après midi 17 heures.
Elle était déjà là, assise sur son banc face à la fontaine, sous le grand chêne du parc. Elle écoutait l’eau couler, les yeux perdus au loin. De temps en temps, elle offrait quelques miettes aux pigeons gras qui lui réclamaient pitance. Elle portait une robe à fleur usée, de malheureux souliers salis et une veste grise déchirée la protégeait du courant d’air qui soufflait dans le parc.
Je l’observais.
Elle n’était pas très grande et approchait probablement de la soixantaine. Son visage était fatigué. Ses traits, forts et marqués, et ses mains griffées, témoignaient d’une vie difficile. Elle ajusta ses lunettes cassées et en profita pour recoiffer ses longs cheveux gris et farouches. Je m’installai sur le banc voisin et entamai la lecture de mon livre.
De son sac à main blanc, elle sortit un paquet de cigarettes. Lentement, d’un geste précis et méthodique, elle posa sur ses lèvres sa dernière cigarette : il n’en restait plus dans l’étui. Elle fuma, avec une grâce et une élégance que ne lui prêtait pas sa tenue. Les jambes croisées, face au vent, elle s’enivrait d’une épaisse fumée.
Je lisais dans ses yeux une certaine fierté, sorte de dignité retrouvée. Elle fut de courte durée : la cigarette éteinte jusqu’au filtre, elle déboucha une petite fiole de vin à moitié vide et en but jusqu’à la dernière goutte. Elle avait l’avait certainement entamée quelques instants plus tôt.
Elle remarqua ma présence. Elle vint à ma rencontre, elle sentait l’alcool. Elle me demanda :
« _ Pardon jeune homme, pourriez-vous me donner l’heure ?
_ Bien sur madame. Il est exactement dix sept heures vingt huit.
_ Oh ! Comme le temps passe répondit la vielle dame avant de me remercier et de retourner s’asseoir.
Je continuai la lecture de mon livre : Hercule Poirot était sur le point de confondre le meurtrier ! Absorbé par mon roman, je n’avais même pas remarqué qu’elle s’était de nouveau approchée de moi.
En quête d’une autre minute de bonheur, elle me réclama une cigarette.
Elle fut déçue. Déçue d’apprendre que je ne fumais pas. Et elle partit.
Elle reviendra demain, au même endroit, à la même heure et portera les mêmes vêtements. Une chose sera peut être différente. Peut-être aura-t-elle pu s’acheter un autre paquet de cigarettes. Peut-être pourra-t-elle de nouveau s’offrir quelques minutes de bonheur… Un geste amical, une parole gentille, une attention, un sourire, lui suffiront pour passer une bonne soirée. Il est des choses que la misère remarque plus que quiconque.
La simplicité en fait partie. Je viens de m’en rendre compte…








Je ne sais si les deux derniers articles que nous
LM | lundi, septembre 25 2006 | 23:01Je ne sais si les deux derniers articles que nous avons publié se répondent involontairement mais...je reste perdu en constatant une simplicité touchante d'un côté et une rage de moins en moins camouflée de l'autre. Où tout cela nous ménera ?