C’était il y a un mois déjà. C’est drôle comme le temps passe. Et pourtant, je crois que je n’ai encore rien effacé, rien oublié, rien regretté : mon cœur et mon esprit portent encore la marque de ton engagement, d’un vrai, d’un de ceux que l’on respecte toute une vie.

Je me souviens il y a encore quelques mois. Tout a commencé comme ça. La première fois à Tours. J’étais devant un restaurant avec C.. Tu m’as appelé. Cela faisait des semaines que nous ne nous étions pas parlé. Le temps nous a manqué. Et les 15 minutes de notre appel t’ont suffit à le rattraper à grande vitesse. Tu allais te marier et la date était posée. Quelle drôle de sensation ! Mon cœur s’est emballé, mes jambes ont vacillé et mes bras sont allés chercher l’arbre le plus proche. Tu m’as franchement troublé et n’ai cessé de repenser notre conversation. Je savais que cette décision avait, pour toi, bien plus de sens que pour le commun des mortels : un mariage est une union sacrée, célébrée avant tout devant Dieu, son amour et celui de ta famille et de tes amis. Te vie allait changer, radicalement. Tu allais devenir ce que je suis incapable de penser, même quelques secondes, pour moi-même.

Ce n’est que deux semaines plus tard que tu as seulement osé m’annoncer la suite des évènements : cette fois je suis à Bourges, avec P., et la nouvelle que tu m’annonces au téléphone me demande, cette fois-ci, de m’asseoir en pleine rue. Je serai ton témoin, avec tout l’honneur et le plaisir que cela implique. Tu ne pouvais, avec du recul, me faire plus beau cadeau. Etre témoin est, comme tu l’as rappelé, un symbole fort, traduction d’un lien immuable, que le temps, dans son grand œuvre, aura su construire entre nous deux pendant nos jeunes années. D’ami comme toi, je n’en ai pas d’autre. Tu es une des rares personnes en qui, en dehors de ma famille, me témoigne tant de confiance et de respect. Pour cela, je te remercie.

Puis vinrent les grands jours : une semaine ou deux avant l’évènement, je rencontre la future mariée. Nous nous entendons immédiatement, c’est une jeune fille délicieuse, gentille, charmante, intelligente et pleine de vie. Je vous découvre. Je n’imaginais pas que tant de temps avait passé. Trois ans ? Cinq ans ? Même nous, nous sommes incapables de nous souvenir ! Je découvre ta belle famille, tu me fais réfléchir, je suis si heureux pour vous… Mais au fond de moi, tellement empli de doute lorsque je me regarde.

Je me souviendrai toute ma vie de ce 22 décembre. Ce jour là j’ai vraiment compris que tu ne plaisantais pas, que vous ne plaisantiez pas. Ce jour là, j’ai compris ce que signifiais le mot Amour dans toute sa splendeur : c’est un don, un engagement, une joie inouïe, de l’émotion, beaucoup d’émotion, mais surtout, et avant tout, beaucoup de sincérité. Assister à votre cérémonie à l’église, au premier rang, prier avec vous, autour de vous, pour vous soutenir et vous aider dans votre démarche m’aura profondément ému au point de pleurer, sur l’autel, devant tout le monde lorsque les anneaux, après avoir été bénis, furent échangés. Par ce geste, je comprenais ce qui vous liait, par ce geste, je comprenais que rien ne serait plus jamais comme avant, par ce geste enfin, je comprenais que jamais, je ne vivrai ce que vous avez ressenti. Voila pourquoi, quelques minutes avant d’apposer ma signature sur le registre, lorsqu’E. a croisé mon regard, elle a trouvé mon sourire noyé de larmes. C’est ce que j’ai tenté de vous expliquer un peu plus tard : que je partage profondément votre joie et votre amour et que, du haut de mes 23 ans (révolus ^^) le décalage que j’impose entre la société et moi creuse, chaque jour un peu plus, un immense fossé.

Vous m’avez troublé, touché, ému. Merci pour cette formidable leçon de vie.