Puisque tu seras là...
Je ne sais pas par quel bout m’y prendre… Après tout, nous n’avons pas été réunis depuis longtemps. Le temps a joué avec et contre nous. Demain, en me rendant visite, je sais que tu traces un pont entre toi et moi, ta vie et la mienne, ton monde et le mien. Je suis sur que toi aussi tu ressens ce lien immuable qu’il existe, malgré tout, entre toi et moi : nous avons le même sang, le même passé, les mêmes racines. J’ai envie de rattraper le temps perdu. J’ai envie de revenir six ans en arrière et de repartager un peu la vie que nous avions. On va le faire. On va le vivre, le revivre. Je suis super content. Tu as grandi, tu as trouvé ton style, moi aussi. J’ai désormais ma ville, mon métier, mes occupations. Et trop de temps a passé. Je t’ai caché trop de vérités, trop de bon sens et tellement de moi. J’en ai presque honte et j’espère que tu me comprendras, comme tu comprendrais un ami ou mieux, comme tu comprendrais ton propre frère qui n’a pas eu, comme tu l’aurais pensé, la vie rêvée des jeunes cadres dynamiques. Je sens que tu aspires, comme moi à ton âge, à d’autres découvertes, d’autres pays, d’autres pensées, d’autres cultures… Je t’invite à partager la mienne, un peu de moi, de mes mensonges et de mes secrets… Puisque tu seras là, je te montrerai ma ville, mon quartier, mon bureau, mon appartement, mon cadre de vie. Je t’expliquerai que, malgré toutes les jolies filles que tu peux rencontrer rue Victor Hugo, je n’ai toujours pas de copine. Puisque tu seras là, je t’expliquerai que c’est normal car je suis déjà avec quelqu’un depuis bientôt 5 mois et que je suis amoureux… Puisque tu seras là, je t’expliquerai aussi que cela dure depuis des années, que je te l’ai toujours caché, que j’ai eu honte et que j’ai eu mal. Lorsque tu seras là, j’espère que tu comprendras pourquoi il est important pour moi de t’en parler. Pourquoi il est important que tu m’acceptes et que tu me regardes toujours de la même façon. J’aimerais que tu ne me juges pas, que tout continue d’être comme avant, mais que tu saches. J’ai plus besoin de toi que tu ne l’imagines. J’espère, mon frère, que tu me comprendras…








