Il parait que c’est en regardant son passé et son enfance qu’on apprend à se connaitre… Je nuancerais : c’est en comparant son présent à son enfance que je mesure l’ampleur du fossé que j’ai creusé entre ma famille et moi.

Tout repose sur une règle simple : « Tout et son contraire ». Je pourrais dresser une liste, ou même dessiner un tableau tant l’hypothèse me semble immuable. Je ne m’abaisserai pas à ce type de facilité, je lui préfère le style romancé.

Si je commençais par papa ? Le plus facile en premier. Papa est un bricoleur, un technicien… Il a dessiné les plans de sa maison, en a conçu tous les avantages et les défauts, a construit sa cuisine et sa salle de bains… Moi pas : c’est tout juste si je sais percer un trou dans un mur. Que dire alors de son goût prononcé pour la mécanique et les véhicules anciens ? J’avais 8 ans lorsque j’étais au volant de sa Jeep à demi-assemblée ou seul le moteur était présent sur le châssis… J’ai pourtant essayé, moi aussi, la méca… Le pire ? C’est que j’ai réussi !!! Je suis officiellement ingénieur en productique ! C’est bien utile quand on sait qu’aujourd’hui je travaille dans… Le conseil en management. Je continue ? Papa, tu aimes, comme moi d’ailleurs, la bonne musique. Mais ton acharnement à vouloir me faire jouer de la guitare a tué dans l’œuf tout l’intérêt que je pourrais y trouver. La moto ? No way ! Monter des hangars ? Plutôt des châteaux de cartes !
Mais parlons désormais de ce que tu n’aimes pas : les vêtements ? Houlà ! Touché ! La ville ? Touché ! Les magasins ? Touché ! L’informatique ? Touché ! Les livres ? Coulé !
Tout et son contraire : je te l’avais bien dit.

Peut-être maman aura-t-elle plus de chance ? Faites vos jeux ! Maman, à la différence de papa, aime les vêtements, la mode et les restos. Il n’empêche : j’ai trop souvenir de paroles trop haut placées et d’humeurs professionnelles massacrantes pour pouvoir passer à coté. Maman, tu as fait de moi un garçon calme dont les qualités de patience, de sérénité et de pédagogie font les choux gras de mes employeurs. Je t’en remercie. De même, ton côté mère-de-famille-sur-protecto-contrôleuse a brûlé la corde qui me retenait à toi le jour où, à 17 ans, j’ai quitté la maison. Tu ne l’as jamais su et c’est peut-être mieux ainsi. Grâce à toi, je suis sans limites, ultra-potent et téméraire-conscient. Tu as plus joué sur ma psychologie que le matérialisme de terrain qui donne à ton mari ses plus grandes qualités.
Tout et son contraire : la règle s’applique aussi avec toi.

Aujourd’hui regardez-moi : indépendant depuis mes 22 ans, je n’ai eu de cesse de remettre en cause, probablement inconsciemment, un modèle familial que je trouve aujourd’hui certes dépassé, mais également pilier de ma personnalité. Mes mots ne sont ni là pour juger, ni pour critiquer, mais juste pour regarder : je ne demande rien à personne, je ne tiens pas en place, j’achète des pompes à 150€, je ne regarde pas la TV, je fais du sport en salle, je n’ai pas de voiture, j’aime un garçon, je n’aurai pas d’enfants, je dors dans du Rykiel et j’écoute de la pop.

Alors j’ai envie de dire 3 choses :
- La première, c’est que je suis désolé.
- La seconde, c’est que je vous remercie.
- Et la dernière, c’est que la pop exclut, par nature, la guitare-sèche.