doute

Deux ans

Cela fait deux ans jour pour jour que j’ai reçu ce mail. Le publier aujourd’hui est pour moi une façon d’en exorciser le contenu mais aussi de comprendre les raisons qui m’ont poussé dans la spirale du mal-être. J’ai tout simplement fait l’erreur de croire ce qui m’était écrit… Une erreur de jeunesse, probablement.


From: Cyprien
To: Mathieu
Subject: : – )
Sent: May 10, 2010 20:10

Mathieu,

Tu l’as surement remarqué, depuis quelques jours je ne vais pas bien. Pour faire court et ne pas te resservir mon laïus habituel, je suis assailli par mes doutes scolaires, mes vagues de blues habituelles et ma foi en notre relation se trouve prise dans ces remous. Je ne suis pas assez fort pour réussir à démêler tout cela, malgré les heures passées à y réfléchir. Je n’arrive pas à faire émerger un schéma clair. Je connais cependant ma priorité immédiate : les exams. Toi, tu es une priorité permanente (donc immédiate aussi, mais de façon moins urgente). Tu l’as dit, et j’ose le croire aussi, en deux ans on a pu voir que l’on semble taillés pour être ensemble pendant encore longtemps. Seulement je suis faible et je ne peux pas tout porter. Alors j’ai besoin que tu m’aides à assumer la dernière ligne droite de l’année. Pendant les trois semaines qui vont suivre (jusqu’au terme de ma première vague d’examens) j’ai besoin de toute ta compréhension. C’est-à-dire que je te demande d’accepter que je sois avec toi non pas un goujat, non pas un complet indifférent, mais peut-être parfois un peu des deux.

Je ne serai capable de te répondre (sms, mails) que quand le cœur m’en dira, je ne serai capable d’aller à toi que quand le cœur m’en dira, idem pour le corps à corps. Je ne serai pas tolérant et bien que restant civilisé, risque de te faire des tonnes de reproches. Je ne serai disponible que quand le cœur m’en dira aussi. Je te demanderai de ne pas prendre d’initiatives dont tu penses qu’elles risqueraient de m’agacer. J’aimerais pour autant que l’on se voie certaines soirées, mais ne serai peut-être pas à même de te donner les preuves d’amour dont tu as besoin. Bien sûr n’hésite pas à proposer, sans insister. Je vais faire de mon possible pour ne rien changer à notre façon de vivre habituelle, mais j’aimerais que tu ne fasses pas cas de toute situation impolie (dans les limites du respect d’autrui). Tu me connais et semble avoir foi en notre amour, alors continue. Je te demanderai par-dessus tout de ne pas me le faire payer, de ne pas me faire culpabiliser, même inconsciemment (dur dur) et de me comprendre. Je crois que mon aveu de faiblesse ne réside pas dans mes sautes d’humeur, mais dans le fait que je ne sache pas tout gérer. Je le sais maintenant, et apprends à ne pas en avoir honte.

Ton engagement & compréhension me semblent, au terme de mon introspection, être la seule issue positive commune possible, à ma période de rush.

J’espère, et je suppose, que tu me connais assez, et m’aime assez pour prendre temporairement ce rôle de technical & sentimental support hotline, à laquelle on ne fait appel qu’en cas d’urgence, et à laquelle on ne sait rarement gré pour les situations dont elle nous tire. Je ne saurai arrêter ma machine de penser autrement.

Merci mon amour.

PS : excuse les fautes de style, et supprime toute trace de ce message une fois bien lu.

Je t’aime, à mercredi soir.

PPS : j’aimerais une petite réponse, sans amertume ou incompréhension aucune, sans ambiguïté mais honnête, car mon message n’est pas hostile et mon but n’es pas de t’effrayer ou de t’agacer ou de te rendre triste ou autre, j’espère que tu l’auras compris.

Ne me dites plus je t’aime

Quand le plein rencontre le trop, souvent je tremble, parfois je pleure et, plus rarement, je vomis. Ce matin, il y a eu choc entre les deux : comme un coup, une chute libre, ou pire, comme si je venais d’ouvrir les yeux… Comme d’habitude, je vais reprendre méthodiquement et calmement les évènements qui m’ont conduit, ce matin même, à meurtrir mon corps pour exprimer ce que mon cerveau ressent le mieux : un amour certain et passionné mais tellement loin de la réalité que je me cache depuis plusieurs semaines.

C’est réel : je n’ai pas écrit depuis longtemps, comme d’habitude… Cette fois-ci, c’est clairement le manque de temps et de tranquillité qui m’auront poussé à déserter les balises html de mon site web. C’est donc sur un siège à l’aéroport de Lyon St Exupery que je reprends la plume, dans la salle d’embarquement 24. J’attends mon vol pour Nancy.

When did your name change from a word to a charm,
No other sound makes the hair stand up on the back of my arm,
All of the letters pushed to the front of my mouth,
Obtaining your name is somewhere between out there and a shout,
And I can’t get it out.

Je me souviens : les premiers coups sont partis il y a quatre semaines. Mon chéri me manque, je réclame sa présence, ses nouvelles, ainsi qu’une petite goutte d’amour régulière ; sorte de potion magique, d’ecstasy, ou de drogue… Je ne l’obtiens que quelques fois par semaine, par SMS, parfois par mail ou Skype mais je me rends à l’évidence : le manque est trop évident et trop violent pour pouvoir dormir et m’alimenter correctement. Je sombre alors très lentement mais inéluctablement dans cette spirale bien connue de ma psyché et dans laquelle je laisse mon imagination s’emparer des souvenirs et des projections que je rumine à longueur de seconde. Du matin au soir et (pire), du soir au matin, j’éprouve un besoin quasi-maladif de savoir, de comprendre et de projeter. Est-il levé ? Travaille-t-il aujourd’hui ? Que fait-il ce soir ? Avec qui parle-t-il ? Sort-il ? S’amuse-t-il ?

I need to hear your name,
Everything is so strange,
I’m ready to take this chance.

C’est précisément parce que je n’obtiens pas les réponses à ces questions que je vois mon état se dégrader : je conceptualise l’idée dramatique de la tartine de merde, du quotidien raté et de la vie pleine de vide. J’en suis réduit à chercher le sens de ma propre existence et tente de comprendre les choix qui m’ont porté là où je suis aujourd’hui. Alors je fatigue vite : je ne mange plus, je perds du poids et je dors entre quatre et cinq heures par nuit, weekends inclus. C’est malheureusement le prix à payer pour que je commence à trouver des réponses : si ma vie n’a de sens qu’à deux, je suis prêt à tout sacrifier, tout effacer et tout recommencer pour l’homme que j’aime. Forme ultime de l’excès qui me caractérise, ce raisonnement est à la fois le plus abouti et le plus dangereux que je n’aie jamais eu : mon malheur est trop grand aujourd’hui pour le laisser envahir l’entièreté de ma personne.

Means like a drug,
And I can’t get enough,
And it fits like a glove,
I’m addicted to your love

Alors je rêve. Je rêve de vivre avec Mark ; peu importe l’endroit, peu importe le quoi, tant que je suis avec lui le reste n’a, à mes yeux, plus aucune importance.

Seulement voila : ce rêve ne me suffit pas et j’ai toujours besoin d’imaginer les choses concrètement. Je me raccroche alors à l’échéance la plus certaine : fin juin, lorsque je retrouverai Mark à Brisbane. Dans ma tête, cette rencontre doit être parfaite, idéale, presque fantasmique. C’est elle qui, jour après jour, me fait supporter le poids d’une vie dont je ne suis plus acteur. Comme une bouée, un canoë, ou une bulle d’air qui me permet, tant que mes yeux sont ouverts, de penser que chaque lendemain me rapproche un peu plus de celui que j’aime. C’aurait pu marcher.

I fucked up.

Voila comment, une fois le téléphone de la salle Portofino raccroché, je suis allé prendre un café avec ma collègue avant de le vomir de toutes mes forces dans les toilettes les plus proches. Le contenu de la conversation y est évidemment pour quelque-chose.

Flashback

Il est 09h00, j’entre dans la salle et je compose le numéro. Je tombe évidemment sur l’hôte de Mark qui, très poliment et dans un anglais profondément articulé, l’appelle pour me le passer. Je l’entends. Il est là. Je lui dis « bonjour mon chéri » et la conversation commence. Nous échangeons évidemment les banalités de base : endroit, santé, état d’esprit… Tout va bien. Comme toujours. Mais sa voix commence à trahir une distance qu’il installe inconsciemment entre lui et moi. Je n’ai pas, en effet, les marques de tendresse habituelles, pas les mots doux et moins de caresses dans les paroles… Alors je demande, J’ai besoin de comprendre ce qui, à priori, ne va pas. Il me répond une première fois que tout va bien et m’appelle mon chéri pour me rassurer. Je ne suis pas convaincu. J’enchaîne. Je lui rappelle qu’il n’a pas répondu à mon mail d’il y a trois semaines et dans lequel j’essayais justement de savoir s’il s’était passé quelque-chose avec un (ou d’autres) garçons. Il feint de ne pas savoir de quoi je parle et élude le sujet. Je lui demande s’il souhaite me répondre par téléphone, maintenant, plutôt que d’attendre notre rencontre dans deux mois. Sa voix tremble. Il commence à m’avouer qu’il a consommé de l’ecstasy juste une fois, malgré mes réticences, et que c’est resté sans effet. Il me dit que sa vie a changé depuis qu’il est parti, que ça fait bizarre de me dire « mon chéri » alors que je suis loin et qu’il se sent un peu perdu.

J’insiste, j’en ai besoin. J’ai besoin de savoir. Je réitère ma question, d’un ton rassurant en minimisant les conséquences de la réponse puisque nous connaissons tous les deux les règles fixées justement avant son départ. Il pleure, il craque et il avoue : oui il a effectivement couché avec un autre car il en avait envie mais qu’il a ressenti, pendant et après, le poids de la culpabilité.

Je reste fort.

Je le rassure, lui dis que je l’aime plus que tout, que cela ne change rien et que, après avoir longuement réfléchi ces dernières semaines, je suis prêt à effacer toute ma vie pour venir le retrouver où il veut. Il me répond qu’il ne veut pas me faire de mal et ne souhaite pas retrouver (en nous) le schéma que ses parents ont élaboré avant lui : sa mère, alors très jeune et éperdument amoureuse de son père, l’a suivi à la Réunion pour que, vingt ans plus tard, ce dernier la trompe avec une autre au motif qu’il n’a pas pu profiter, durant sa jeunesse, d’une vie sexuelle épanouie.

Quoi répondre ? Lui qui, il y a un an, ne comparait à son père, m’assimile aujourd’hui à sa mère puisque je suis prêt à tout sacrifier pour lui.

Mon cœur bât vite. Je ne pleure pas. Je sens qu’il n’est pas bien. J’essaie de le calmer. J’ai besoin de lui. Il me demande d’en reparler plus tard, qu’il a besoin de réfléchir et qu’il est perdu. Nous raccrochons dans une ambiance pesante et amère mais où l’honnêteté aura finalement remporté le match.

Mes derniers mots seront : « Je t’aime plus que tout au monde ».

La suite est écrite dans les premières lignes de cet article : vomissements, perte d’appétit et grande fatigue. Ce que je pense aujourd’hui est aussi clair que de l’eau de roche : si le doute existe dans le « nous » alors notre relation amorce lentement et inexorablement sa fin. Je suis en effet en train (et encore) de me faire larguer en bonne et due forme. Le défi de toute ma vie n’aura pas duré bien longtemps : deux mois. C’est dommage. J’étais vraiment prêt à tout pour être heureux.

Je terminerai sur ces quelques phrases, destinées initialement à être les premières de mon article mais qui, au final, constitueront une fin bien plus élégante. Bien à vous tous.

Je regarde ma J12. Il est 15h00 à Genève.
J’en profite pour voir qu’il est minuit à Sydney.
Je me dis que demain c’est aujourd’hui…
Au même moment, j’écoute Scissor Sisters, Fire with fire.
J’entends que tomorrow has become today.
Je repense à Cyprien.
Le rappel est presque violent.
Ne me dites plus je t’aime.

Fuck 2010 !

Chaque mois de janvier est l’occasion pour moi de souhaiter à tous mes lecteurs une bonne et heureuse année… Chaque mois de janvier ou presque : encore faut-il croire, même un instant, en ce que l’on souhaite. Cette année, je n’adresserai pas mes vœux : trop hypocrite, trop déraisonnable, trop malhonnête presque…

Les raisons en sont toutes simples : FlashBack.

Décembre, la tension monte : je prends un an de plus, mon job bât de l’aile et mon cœur s’enferme… J’approche de la fin de ma période d’essai. Je doute. Je me demande si j’ai (de nouveau) fait le bon choix. C’est naturel, dans une petite boîte, il vaut mieux que tout le monde soit sur la même longueur d’onde pour avancer… Ce n’est justement pas mon cas et, d’un point de vue strictement professionnel, je me demande si je pourrai continuer à cautionner mon environnement de travail. Les vacances passent sur ces premières questions et je décide, début janvier, à ma propre initiative, de prolonger ma période d’essai de trois mois supplémentaires. L’avantage ? Je peux, pendant ce temps, quitter la société en seulement 48 heures…
J’userai de ce droit très certainement : je ne me prédis pas plus de deux semaines supplémentaires à compter d’aujourd’hui dans cette société. J’ai de nouveau échoué, et même plutôt deux fois qu’une car j’ai préféré, devant un élan d’énergie et d’optimisme, démissionner de ma précédente entreprise et renoncer à quelques dizaines de milliers d’euros de prime… La morale de cette histoire ? C’est que, comme d’habitude, le problème, c’est le choix. Savoir faire les bons et les comprendre, c’est s’assurer de voir plus loin. J’ai échoué. Tâche à moi de ne pas recommencer… Et de retrouver quelque chose de solide.

Sentimentalement ce n’est pas bien mieux… A défaut de vivre une vraie relation, je continue de me contenter de l’open relationship que Quentin, mon kiné belge, m’a proposé à la fin du mois d’août dernier. Quentin, c’est ce garçon aux yeux lapis-lazulis qui a su, en quelques semaines à la fin de l’été, refaire gonfler mon cœur et mon égo. J’appréhendais, pour la première fois de ma vie, la pure notion de « couple libre ». Voici la définition que nous en donnions l’un et l’autre, d’un commun accord : lorsque nous étions ensemble, nous vivions comme un couple mais, lorsque nous ne l’étions plus, séparés par la distance géographique, nous pouvions nous accorder, si nous le souhaitions, les écarts qu’une vie conjugale rangée ne pouvait tolérer. Deal. Va pour ça…
Ça, c’était début septembre… La suite, elle est connue, elle est écrite : elle est mêlée d’insomnies, de questionnements, et de retournements sentimentaux : mon cœur n’a pas su, au fil du temps, garder la même ligne de conduite envers Quentin… Je me suis attaché, naturellement, mais de manière raisonnée. Je ne me suis pas donné, mais j’ai ouvert des portes… Sans succès.
Début janvier, il y a quelques jours le couperet tombe : je demande une explication que je peine à obtenir : la fuite est tellement plus facile ! L’échange se fera par SMS, un soir de semaine : je ne suis pas et ne serai jamais celui dont il a besoin. La réponse est dure, brutale, et pourtant terriblement sincère. L’open relationship n’aura duré « que » 4 mois…

Alors, au-delà de la simple histoire, qu’est-ce que tout cela signifie ? Plusieurs choses à mon sens :
Le première, c’est que je ne suis pas (à priori) fait pour « supporter » une relation dite « libre » car je penche, naturellement et inéluctablement vers un idéal incompatible avec la notion.
La seconde, c’est que je m’évertue à jouer les princesses de l’amour. Celles qui, trop exigeantes et probablement peu lucides, sont incapables de se satisfaire de ce que la vie saura et pourra leur donner… Ça s’appelle être exigeant, ou savoir ce qu’on veut… Cela me joue des tours, j’en paie aujourd’hui le prix : rester un maximum connecté sur les sites de rencontre pour tenter de trouver celui avec qui je pourrai reconstruire une pyramide…

Si en plus on ajoute à cela quelques soucis de santé suffisamment pénibles pour me faire dépenser actuellement plusieurs centaines d’euros en consultations et traitements divers, on comprendra alors aisément que je ne souhaiterai à personne mes meilleurs vœux pour la nouvelle année.

Argent, santé, amour, bonheur… Moi je dis Fuck ! Fuck 2010 ! Mais s’il vous plaît, apportez-moi des jours meilleurs…

fuck

Envie de Partir… Loin ! +1

Juste parce que j’ai envie. Parce que j’ai froid, que je suis mouillé, et fatigué. Je veux écrire.

Écrire que je suis presque à bout. Écrire un doute, une peur, même un échec. Écrire que je veux des vacances, une marinière et une soupe de légumes chauds. Il paraît qu’il y a des jours comme ça : où les difficultés prennent le dessus du bonheur. Le pire dans tout ça, c’est qu’on ne sait pas pour combien de temps. Alors je souris. Encore, encore et toujours. Je tire sur une corde de plus en plus sensible sans vraiment connaître sa limite.

Elle cèdera.