A coté de moi
La scène se passe à quelques kilomètres d’altitude. Il était à ma gauche, ses pieds ne touchaient pas le sol et ses grands yeux sombres, noyés dans une épaisse chevelure, dénonçaient sa troublante timidité. Il s’appelait Gustave, n’était pas bien vieux, quatre ans tout au plus, et voyageait à côté de moi sur le vol Le Havre – Lyon de ce vendredi soir. Lui c’est moi. Ou plutôt, moi c’est lui. Enfin, c’est ce que je croyais jusqu’à ce que je m’observe comme si j’étais dans ses yeux : je suis un géant aux cheveux longs, avec des fringues bizarres, je n’ai pas le petit paquet qu’Air France réserve à ses plus jeunes clients voyageant seuls, mon sac est marron tout triste (et surtout il ne contient pas mon nounours) et mes grandes mains peuvent sans problème incliner mon siège, relever la tablette devant moi, ou pire, tenir Le Figaro Économie…
C’est là que j’ai compris : je suis un vieux, un grand, et j’ai revêtu, en seulement quelques mois ou quelques années, l’image de l’adulte formaté et compliqué que les enfants regardent souvent d’un œil lointain.








