seul

Je sais déjà

Je savais que ça se passerait comme ça : nous sommes vendredi soir, il est pratiquement 21 heures et je suis là, tout seul, dans mon grand appartement de la banlieue chic de Genève à siroter du Guigal en écrivant dans un nouveau document Word…

Je me demande surtout où j’en suis et surtout, pourquoi je suis là, ce soir. La première raison, et la plus évidente, c’est que demain et tout le weekend, ma société organise une course de Zodiacs M2 sur le lac de Genève et que mon patron a proposé à ses employés de monter à bord du voilier de l’entreprise pour accompagner le pilote du navire. Sautant sur l’occasion, je me suis évidemment « porté volontaire » et je serai donc demain, aux alentours de midi, au beau milieu du lac Léman dans une course de voiliers.

J’avoue : ça pète… Mais le fond de l’histoire est (probablement) un peu différent : en l’absence de mon chéri et de la quasi-totalité de mes amis, c’est surtout l’opportunité de passer, à minima, un moment d’exception. Alors je suis là, seul, pour la première fois ce soir, un vendredi, dans l’appartement de société où je passe déjà toutes mes nuits la semaine en compagnie de deux collègues…

Alors on me dira : « Tu n’as qu’as sortir sur Genève, prendre l’air frais et siroter des bières le long du lac ». Oui je pourrais, en effet. Mais ici, c’est « alerte orages » et mettre le nez dehors est très clairement la dernière chose que je souhaite faire. Du coup je prends le temps de me poser, et ce n’est pas plus mal : la télé, allumée sans le son, diffuse quelques images de la Nouvelle Calédonie où justement ce matin, notre Président est allé faire une visite officielle. Alors je regarde, avec envie, ces paysages de rêve et cette ambiance chaleureuse qui offrent aux quotidiens les plus amers, l’espoir d’une douceur de vivre dont je n’ose même plus, parfois, soupçonner l’existence…

C’est moche parfois : l’idée qu’on fait tout pour être heureux sans finalement être capable d’y arriver rapidement.

J’ai pourtant tout pour être heureux : un bon job (à l’étranger), une santé (pleine d’antibios), un chéri (en vacances), et une bonne soirée TV (devant Patrick Sébastien). Oui décidément, je me demande de quoi je me plains…

J’ai juste fait un pari : celui de réaliser mes rêves, en l’espace d’une vie. Mais le risque, c’est le contrôle des paramètres… Ça m’a déjà coûté une pyramide… Alors je ferai en sorte de ne pas transformer mes projets… En nécropole géante.

Et puis j’ai peur…

Version tweet :

C’est en faisant ma valise que je suis en train de me rendre compte que c’est la première fois que je pars en déplacement professionnel tout en étant seul.
C’est la première fois que personne ne pensera à moi le soir avant que je ne m’endorme, seul, dans ma chambre d’hôtel.

Est-ce dans ma foi du couple que j’ai trouvé la force morale pour tenir le coup ? Mon célibat et ma solitude auront-ils raison de l’énergie qui a été mienne durant plus de deux ans ? Le simple fait de poser la question me taraude l’esprit mais je sais que je trouverai la réponse rapidement.

J’aimerais être capable de dire que je ne dois rien à personne… 

peur coeur

Jet lag ain’t fun

C’est pas comme si je m’étais levé à 04h20 ce matin, que je m’étais tapé plus de 12 heures d’avion dans la journée vers l’ouest pour finalement arriver au beau milieu de l’après midi heure locale à San Francisco.

Je suis enfin arrivé dans ma chambre d’hôtel (Hilton SVP), je n’ai même pas la force de défaire ma valise, j’ai les yeux complètement explosés et la seule chose que je suis capable de faire c’est d’écrire… Écrire que je me sens perdu. Que je cherche un peu partout une référence connue : une image, un son, une voix… Un email même… ! Mais je n’ai rien du tout.

Mon téléphone pro est HS, et le décalage horaire ne me permet pas d’appeler si tard vers la France. Ces deux semaines seront éprouvantes. La dernière fois que j’ai ressenti ça c’était y’a deux ans en Espagne lorsque j’y suis allé (seul) la première fois. Car c’est bien ça le truc. C’est que je suis seul. Personne à qui raconter ma vie, personne à écouter, personne avec qui échanger.

J’espère juste que le WE sera clément et sympa. Ici le temps est absolument merveilleux et, soyons clairs, je fais tache avec mon gros manteau Zara.

Sans me relire, je sais que ce papier sera aussi décousu que le bordel qui règne en ce moment dans ma tête. Je veux un câlin. Et entendre doucement ta voix dans le creux de mon oreille, te dire que je t’aime et me sentir moins seul

Journal – Suite – Mercredi 11 février 2004

Ce sont 4 pages manuscrites retrouvées plus ou moins par hasard que je retranscris ce soir. Elles ont 4 ans. A l’époque, j’étais jeune. Je découvre en elles les graines de tous les maux qui me rongent aujourd’hui et les publier est une façon pour moi d’en exorciser les démons…



Journal – Suite – Mercredi 11 février 2004, il est 20h06.

Déchiré, anéanti, charmé, envouté et si triste à la fois. Voila comment je me sens aujourd’hui. Tout ça à cause d’un film, d’une salle obscure, et dedans, un monde merveilleux. Peter Pan est un film magique : c’est l’histoire d’un garçon, oui, d’un jeune garçon qui ne peut et ne veut pas grandir. Il aime les histoires de Wendy, une très belle jeune fille ; c’est encore une enfant elle aussi. Ils ne savent pas la chance qu’ils ont, d’abord Wendy, de quitter le monde réel, ce monde d’adultes, de contraintes, ce monde tellement difficile en fait… ! Par magie, elle apprend à voler dans les cieux et découvre le pays imaginaire. Son esprit s’envole vers un nouveau monde, où les enfants sont rois et où le temps semble arrêté. Peter a la chance d’être un garçon magnifique et de ne pas grandit. Il semble si doué, si attachant avec ses grand yeux, qu’on comprend bien vite qu’une petite histoire d’amour va naitre entre nos deux héros. Comme cela semblait magique. Et quand tout semblait perdu, Wendy posa doucement ses lèvres sur celles du jeune garçon. L’amour, ou du moins un sentiment qui y ressemble, venait de naitre en lui : les règles du jeu venaient de changer. Tristement, Peter et Wendy ne restèrent pas ensemble et notre héros resta seul, avec Clochette dans son pays, certes imaginaire, mais désert, sans Wendy, sans amis, sans Crochet… J’aurais été à sa place, j’aurais forcé Wendy à venir avec lui. Mais l’auteur de l’histoire en a décidé autrement. Cette belle histoire, j’aurais voulu que ce soit la mienne : j’aurais voulu être Peter, jeune, beau, presque athlétique. Je veux savoir voler, savoir aller au pays imaginaire, vivre d’autres aventures, jouer encore comme un enfant. Mais tout ça je ne peux pas le faire, je ne peux plus le faire. Si vous saviez comme cela me rend triste. Voyez-vous, j’ai 19 ans bien passés. Je suis, comme on dit, dans l’année de mes 20 ans. Je suis toujours aussi seul, je n’ai pas de Wendy. Je n’ai pas une jolie petite compagne qui vient poser doucement ses lèvres sur les miennes… J’ai l’impression d’être un raté… Je suis un rêveur en fait et on sait bien qu’il n’y a pas de place pour eux en ce bas monde. Quand je rêve, je me dis que je pourrais rester jeune toute ma vie, vivre des aventures de folie en pirate, chercheur d’or comme Picsou, journaliste comme Tintin ou Spirou… Mais non. Ce que je fais ? Je suis taupin dans la forme : adepte de physique, de maths et de plein d’autres choses encore. Mais tout ça n’ouvre pas sur le monde. J’ai l’impression d’étouffer. J’ai l’impression que si, moi aussi, je ne vais pas au pays imaginaire, je vivrai malheureux. Je ne sais pas pourquoi je dis tout ça et pourtant c’est un mal qui me ronge chaque jour un peu plus… Parfois, et là, il paraît que ça devient grave, j’ai envie de tout quitter, ce monde, cette vie, pour aller dans mon monde à moi, ma réalité… Ce fameux film n’a été pour moi qu’un déclic supplémentaire, qu’une occasion supplémentaire pour réfléchir encore une fois au sens et au but de ma vie. Je vais me répéter mais j’ai l’impression que ma vie est déjà terminée, que j’ai déjà vécu tout ce qu’il me semble intéressant de vivre. Mais l’âge crée malheureusement d’autres désirs et ils semblent en contradiction avec ce que je souhaite… Et du moins, à ce que j’aspire. Le monde et le temps évoluent sans me demander mon avis. Et je suis si triste, tellement triste, que j’ai envie de pleurer. J’ai envie de crier par les larmes tout ce que la vie m’enlève chaque jour. J’ai envie de pleurer mon enfance, ma jeunesse et de pleurer mon futur, si incertain, si proche et si loin et si détestable. Je ne me vois pas en vie de famille ; je me demande si je me vois travailler, quoique, si, en fait je me vois bien faire ça… Mais je ne me sens pas capable d’assumer seul cet avenir. Tout ça m’amène naturellement à penser que je dois peut-être trouver l’âme-sœur ; ma raison de vivre en quelque sorte. J’ai peut être besoin de quelque-chose, quelqu’un d’autre que mon Figaro adoré. Pourtant, y’a encore un mois de ça je disais tout le contraire… ! J’étais le plus vaillant défenseur du célibat, le preux chevalier du « Je profite de la vie tant que je suis encore seul » ! Mais maintenant, comme je l’ai dit, j’ai l’impression de ne pas pouvoir l’affronter seul. Si ma vie ne peut plus se vivre dans mon passé ou dans mon imagination, je ne vois que deux possibilités. La première, c’est qu’elle s’arrête là, tout de suite… Et j’y ai déjà et malheureusement pensé… Comme j’ai entendu dire un jour à RTL : « On ne meurt pas pour disparaître, on vit pour exister ». Mais je dois absolument oublier tout ça… Et peut-être plus penser à l’autre possibilité : trouver la fille de mes rêves. Un garçon ? Non, en y réfléchissant, ça pourra pas être possible… Je veux, ou du moins, je sais que j’ai de plus en plus besoin de quelqu’un qui me comprendra bien. D. est à peu près la seule personne en ce monde qui peut prétendre me connaître, il lui manque quelques détails de ma vie, comme vous, je vous rassure. D’ailleurs c’est qui « vous », c’est Moi pour l’instant. Mais D. c’est pas possible. En même temps je me dis que je pourrais jamais trouver : je suis loin, très loin, beaucoup trop loin d’être un beau mec, je le sais bien : je suis bien trop mince et chez moi, muscle rime avec os. Le problème, c’est que c’est pas ça qui va me la trouver, l’âme-sœur ! Et quand bien même une fille s’intéresserait à moi, je crois que mes critères sont beaucoup, beaucoup trop hauts et que je rêve en secret que je trouverai la princesse… Ma princesse… Mon Dieu ! Quel con tu es ! Apparemment, la seconde solution ne semble pas convenir non plus… Pourtant il le faudra ! Je vais en parler à D. Il saura quoi en penser… Merci à toi, ma chère feuille de papier, tu me permets de cracher, vomir et pleurer tout ce qui se cache en moi. Du coup, je deviens plus vulnérable… Merci. M.